- Le Groenland dans le viseur américain : de la doctrine Monroe à la « Donroe Doctrine »
- L’économie groenlandaise en quelques chiffres
- 🇬🇱 Les 10 plus grandes entreprises : radiographie de l’économie groenlandaise
- Les actions cotées pour s’exposer au Groenland 🇬🇱
- GrønlandsBANKEN : l’action du Groenland éligible au PEA
- Attention aux faux amis : les « Greenland » qui n’en sont pas !
- Synthèse : comment investir au Groenland
- Conclusion : investir au Groenland, bonne idée ?
Le guide complet pour s’exposer à la plus grande île du monde
Le Groenland est passé d’un territoire arctique méconnu à l’un des marchés émergents les plus convoités au monde. Entre ressources minières stratégiques, position géopolitique cruciale et intérêt renouvelé des grandes puissances, l’île autonome danoise offre des opportunités d’investissement uniques pour les investisseurs avertis.
Le Groenland dans le viseur américain : de la doctrine Monroe à la « Donroe Doctrine »
L’intérêt américain pour le Groenland ne date pas d’hier. Dès 1823, la doctrine Monroe posait les bases d’une ambition territoriale américaine dans l’hémisphère occidental. En 1867, le secrétaire d’État William Seward, l’homme qui venait d’acheter l’Alaska à la Russie, négocia secrètement l’acquisition du Groenland et de l’Islande pour 5,5 millions de dollars. L’accord n’aboutit jamais.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis invoquèrent la doctrine Monroe pour occuper militairement le Groenland après l’invasion du Danemark par l’Allemagne nazie. Washington établit alors un véritable protectorat militaire sur l’île, justifié par la nécessité de sécuriser les routes aériennes civiles et de contrôler les réseaux de communication maritime dans l’Atlantique et l’Arctique. En 1946, le président Truman proposa officiellement 100 millions de dollars au Danemark pour acquérir le territoire. Refus catégorique de Copenhague.
La base aérienne de Thulé, établie en 1951 dans le cadre d’un accord de défense avec le Danemark, reste aujourd’hui la seule installation militaire américaine permanente au Groenland. Rebaptisée Pituffik Space Base, elle abrite des systèmes d’alerte antimissile et de surveillance spatiale essentiels à la sécurité nationale américaine.

Le retour de Trump et la « Donroe Doctrine »
En août 2019, Donald Trump relança le débat en proposant publiquement d’acheter le Groenland. La Première ministre danoise Mette Frederiksen qualifia l’idée d’« absurde », provoquant l’annulation de la visite présidentielle à Copenhague.
Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Trump a considérablement durci le ton. Le 7 janvier 2025, son fils Donald Trump Jr. se rendit à Nuuk pour distribuer des casquettes MAGA. Le lendemain, le président refusa d’exclure le recours à la force militaire ou économique pour prendre le contrôle du Groenland. En décembre 2025, la publication de la nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale officialisa le « Trump Corollary » à la doctrine Monroe, rapidement surnommé « Donroe Doctrine » par le New York Post.
Jeff Landry, gouverneur de Louisiane, fut nommé envoyé spécial pour le Groenland avec pour mission déclarée de « faire du Groenland une partie des États-Unis ». Le Danemark convoqua l’ambassadeur américain et annonça une augmentation « à deux chiffres en milliards » de couronnes pour la défense du territoire.
Le Premier ministre groenlandais Múte Bourup Egede a répondu fermement : « Le Groenland est à nous. Nous ne sommes pas à vendre et ne le serons jamais. » Mais l’attention mondiale portée au territoire a eu un effet inattendu : l’explosion des cours des sociétés minières présentes sur l’île et un regain d’intérêt des investisseurs pour cette économie arctique.
En janvier 2026 et dans la foulée de l’arrestation de Nicolas Maduro, des proches de l’administration Trump se font de plus en plus pressants sur le royaume du Danemark, tweetant ce type de cartes :
L’économie groenlandaise en quelques chiffres
Avec seulement 57 000 habitants répartis sur 2,16 millions de km², le Groenland possède une économie modeste mais en transformation rapide. Le PIB avoisine les 3,3 milliards de dollars (environ 2,8 milliards d’euros), soit un PIB par habitant d’environ 49 000 dollars, comparable à la moyenne européenne.
Les piliers de l’économie :
- La pêche : crevettes, flétan du Groenland et cabillaud représentent plus de 90% des exportations
- Le secteur public : environ 60% de la population active, financé en partie par une subvention danoise annuelle d’environ 600 millions de dollars (30-40% du PIB)
- Les énergies renouvelables : 70% d’électricité d’origine hydraulique, l’un des mix les plus verts au monde
- Le potentiel minier inexploité : terres rares, uranium, or, zinc, molybdène, pétrole offshore… La fonte des glaces révèle des gisements considérables
🇬🇱 Les 10 plus grandes entreprises : radiographie de l’économie groenlandaise
Sur les 4 294 entreprises enregistrées au Groenland, les 10 leaders concentrent 43,6% du marché local avec un chiffre d’affaires cumulé de 1,74 milliard d’euros. Ce classement révèle la structure très concentrée d’une économie dominée par quelques secteurs clés.
| Rang | Entreprise | CA (€M) | Part de marché | Secteur |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Royal Greenland A/S | 408,1 | 10,24% | Pêche & transformation |
| 2 | KNI A/S | 330,8 | 8,30% | Commerce de détail |
| 3 | Polar Seafood Greenland A/S | 201,3 | 5,05% | Pêche & transformation |
| 4 | Pisiffik A/S | 184,6 | 4,63% | Grande distribution |
| 5 | Royal Arctic Line A/S | 155,8 | 3,91% | Transport maritime |
| 6 | Kalaallit Nunaanni Brugseni | 136,4 | 3,42% | Coopérative de détail |
| 7 | Tusass A/S | 101,1 | 2,54% | Télécommunications |
| 8 | GrønlandsBANKEN A/S | 78,1 | 1,96% | Services financiers |
| 9 | KJ Greenland A/S | 75,2 | 1,89% | Commerce |
| 10 | Permagreen Grønland A/S | 65,4 | 1,64% | Services |
| Total | Top 10 | 1 737 | 43,60% |
Ce que révèle ce classement de l’économie du Groenland
Une économie de la mer. Royal Greenland (n°1) et Polar Seafood (n°3) dominent le secteur de la pêche et de la transformation. Royal Greenland est le plus grand transformateur de crevettes d’eau froide au monde. À eux deux, ces groupes représentent plus de 15% de l’économie locale.
Un commerce de détail concentré. KNI (n°2), Pisiffik (n°4) et Kalaallit Nunaanni Brugseni (n°6) contrôlent l’essentiel de la distribution alimentaire et des biens de consommation. Dans un territoire où les distances sont immenses et les infrastructures limitées, la logistique commerciale est un enjeu stratégique.
Des monopoles naturels. Royal Arctic Line (n°5) est l’unique compagnie de transport maritime reliant les communautés côtières. Tusass (n°7) est l’opérateur télécom historique. Ces positions dominantes reflètent les contraintes géographiques extrêmes du territoire.
Une banque locale stratégique. GrønlandsBANKEN (n°8) est l’une des deux seules banques commerciales du pays. Sa présence dans le top 10 souligne l’importance des services financiers dans une économie qui se modernise.
L’omniprésence du public. Plusieurs de ces entreprises sont détenues totalement ou partiellement par le gouvernement groenlandais (Royal Arctic Line, KNI, Tusass). L’État reste le premier acteur économique du territoire.
Les actions cotées pour s’exposer au Groenland 🇬🇱
Plusieurs sociétés cotées permettent aux investisseurs de s’exposer au potentiel groenlandais, principalement dans le secteur minier.
Amaroq Ltd (ex-Amaroq Minerals)
Cotation : TSX-V : AMRQ | AIM : AMRQ | NASDAQ Iceland : AMRQ | OTC : AMRQF
Amaroq est le leader de l’exploration aurifère au Groenland. La société détient 7 licences couvrant 4 090 km² dans le sud du territoire. Son actif phare, la mine Nalunaq, est l’un des gisements d’or les plus anciens et les plus riches du pays. En 2024-2025, Amaroq a lancé la vente d’or « Single Mine Origin », une première mondiale pour l’or groenlandais, et acquis Black Angel Mining pour diversifier ses actifs !
- Capitalisation : environ 770 millions CAD (fin 2025)
- Chiffre d’affaires TTM : 11,6 millions CAD
- Point d’attention : Le cours a bondi de plus de 17% en janvier 2025 suite aux déclarations de Trump sur le Groenland
Critical Metals Corp (Tanbreez)
Cotation : NASDAQ : CRML
Critical Metals Corp détient le projet Tanbreez dans le sud du Groenland, considéré comme l’un des plus riches gisements de terres rares au monde. Le projet contient notamment du gallium, un métal critique pour l’industrie des semi-conducteurs et les énergies renouvelables. La société, soutenue par Cantor Fitzgerald (dont le CEO Howard Lutnick est devenu Secrétaire au Commerce de Trump), a vu sa capitalisation exploser de plus de 550% en 2024-2025.
- Capitalisation : environ 670 millions USD (début 2025)
- Point d’attention : Liens étroits avec l’administration Trump via Cantor Fitzgerald
Greenland Resources Inc
Cotation : NEO : MOLY | OTC : GRLRF
Société canadienne focalisée sur le projet Malmbjerg dans l’est du Groenland, l’un des plus grands gisements de molybdène au monde. Ce métal est essentiel pour l’acier haute performance et l’industrie de la défense. Le projet pourrait couvrir jusqu’à 25% des besoins européens en molybdène pendant plusieurs décennies. La société travaille avec le Fonds d’Innovation de l’OTAN pour sécuriser ses financements et utilise des énergies renouvelables (éolien, solaire) pour alimenter la future mine.
- Capitalisation : environ 90 millions CAD (+44% sur un an)
Energy Transition Minerals (ex-Greenland Minerals)
Cotation : ASX : ETM
Héritière des actifs de Greenland Minerals & Energy, la société développe le projet Kvanefjeld, un gisement controversé de terres rares et d’uranium dans le sud du Groenland. Le projet fait face à des obstacles réglementaires majeurs : le Parlement groenlandais a voté l’interdiction de l’extraction d’uranium en 2021, bloquant de facto le développement du projet dans sa forme actuelle.
Eclipse Metals
Cotation : ASX : EPM
Eclipse Metals développe le projet Ivigtût-Grønnedal dans le sud-ouest du Groenland, avec une ressource annoncée d’environ 89 Mt à 0,64% TREO (6 363 ppm), focalisée sur les terres rares légères et lourdes. Le site historique d’Ivigtût était autrefois la seule source mondiale de cryolite naturelle, utilisée dans la production d’aluminium pendant la Seconde Guerre mondiale.
GrønlandsBANKEN : l’action du Groenland éligible au PEA
Cotation : NASDAQ Copenhagen : GRLA | ISIN : DK0010230630
Avertissement AMF : l’auteur de cet article est actionnaire de cette entreprise
Pour les investisseurs français souhaitant s’exposer au Groenland via leur PEA, GrønlandsBANKEN est la seule option directe. Cotée sur le NASDAQ Copenhagen (anciennement Bourse de Copenhague), cette banque danoise est éligible au Plan d’Épargne en Actions grâce à son siège dans l’Union européenne (via le Danemark).
🇬🇱 Profil de la banque
Fondée en 1967, GrønlandsBANKEN (« La Banque du Groenland ») est l’une des deux seules banques commerciales du territoire. Son siège est à Nuuk, la capitale, et elle opère 8 agences à travers le pays : Nuuk, Qaqortoq, Maniitsoq, Sisimiut, Aasiaat, Ilulissat, Appaaraq et Tasiilaq.
La banque offre une gamme complète de services financiers aux particuliers, entreprises et institutions : prêts immobiliers, crédits à la consommation, assurances, épargne, investissement et services bancaires aux entreprises. Sa clientèle est quasi exclusivement groenlandaise, ce qui en fait un proxy direct de l’économie locale.
🇬🇱 Résultats financiers 2024
| Indicateur | 2024 | 2023 |
|---|---|---|
| Résultat avant impôts | 245,7 M DKK | 244,6 M DKK |
| Revenus nets d’intérêts et commissions | 470,3 M DKK | 435,0 M DKK |
| Encours de prêts | 5 031 M DKK | 4 813 M DKK |
| Ratio de capital | 26,9% | – |
| Dividende par action | 100 DKK | – |
| ROE avant impôts | 17,5% | 18,9% |
La banque affiche une solidité remarquable avec un ratio de capital de 26,9%, bien au-dessus de l’exigence réglementaire (11,1%). Les prêts ont atteint un niveau record de 5,03 milliards DKK fin 2024. Le dividende proposé de 100 DKK par action représente un rendement attractif d’environ 10-11% au cours actuel (~950 DKK).
🇬🇱 Perspectives 2025-2026
La banque anticipe un bénéfice avant impôts de 145 à 175 millions DKK pour 2026, en baisse par rapport à 2024 en raison de la normalisation des taux d’intérêt. Cependant, la direction note que « l’attention massive portée au Groenland, qui s’est intensifiée début 2025 », pourrait affecter positivement le développement économique et les conditions cadres du territoire.
L’ouverture du nouvel aéroport international de Nuuk en novembre 2024 et les projets d’aéroports à Ilulissat et Qaqortoq devraient stimuler le tourisme et l’activité économique dans les années à venir.
🇬🇱 Comment acheter GRLA sur PEA ?
L’action est cotée sur NASDAQ Copenhagen sous le ticker GRLA. Les courtiers français proposant l’accès aux marchés nordiques (Saxo, Interactive Brokers, parfois BoursoBank ouBourse Direct) permettent d’acheter ce titre sur PEA. Attention aux frais de courtage sur les places étrangères et à la faible liquidité du titre (~2 700 actionnaires).
A titre personnel, lorsque j’ai acheté du GRLA, j’ai payé d’énormes frais (près de 3% du montant de l’ordre d’achat).
Attention aux faux amis : les « Greenland » qui n’en sont pas !
Certaines sociétés portent « Greenland » dans leur nom mais n’ont aucun lien avec le territoire arctique. Attention à ne pas les confondre !
Greenland Technologies Holding Corp
Cotation : NASDAQ : GTEC
⚠️ À éviter si vous cherchez du Groenland. Cette société fabrique des transmissions et des engins électriques, avec une activité industrielle principalement en Chine et aux États-Unis. Malgré son nom, elle n’a aucun lien économique significatif avec le Groenland…
Greenland Holdings Corp
Cotation : Shanghai : 600606
⚠️ À éviter si vous cherchez du Groenland. Greenland Holdings est un grand promoteur immobilier chinois, l’un des plus importants du pays. Le nom fait référence à une symbolique de développement urbain « vert », sans aucun rapport avec le territoire groenlandais !
Synthèse : comment investir au Groenland
| Objectif | Action recommandée | Enveloppe |
|---|---|---|
| Exposition directe économie locale | GrønlandsBANKEN (GRLA) | PEA ou CTO |
| Pari sur l’or groenlandais | Amaroq Ltd (AMRQ) | CTO uniquement |
| Terres rares et métaux critiques | Critical Metals Corp (CRML) | CTO uniquement |
| Molybdène / Défense | Greenland Resources (MOLY) | CTO uniquement |
| Terres rares (projet bloqué) | Energy Transition Minerals (ETM) | CTO uniquement |
| À éviter | GTEC, 600606 (faux amis) | – |
Conclusion : investir au Groenland, bonne idée ?
Le Groenland représente une thèse d’investissement de long terme, portée par trois mégatendances :
- La transition énergétique : les terres rares et métaux critiques du Groenland sont essentiels pour les batteries, les éoliennes et les semi-conducteurs
- Le réchauffement climatique : la fonte des glaces rend accessibles des gisements autrefois inexploitables
- Les enjeux géopolitiques : la position stratégique du Groenland entre l’Europe et l’Amérique, au cœur des routes arctiques, attise les convoitises américaines, chinoises et russes
Pour l’investisseur PEA, GrønlandsBANKEN offre une exposition unique à l’économie locale avec un rendement attractif. Pour les comptes-titres ordinaires, les minières australiennes et canadiennes permettent de parier sur le potentiel minier du territoire.
Mais attention : le Groenland reste un marché de niche, avec une liquidité limitée et des risques politiques significatifs. L’issue des tensions américano-danoises et le futur statut du territoire (indépendance ? rattachement aux USA ?) sont autant d’inconnues qui peuvent faire basculer ces investissements dans un sens comme dans l’autre.

