Depuis début 2026, un mouvement boursier spectaculaire se joue sur la place de Paris. Dix valeurs françaises, pour la plupart sur Euronext Growth ou le compartiment B d’Euronext Paris, affichent des performances qui n’ont rien à envier aux stars américaines de l’intelligence artificielle. Soitec, Riber, 2CRSi, Kalray, Semco Technologies, Exosens, Exail Technologies, Lumibird, Memscap, Egide : certaines ont plus que triplé depuis le 1er janvier. Toutes ont un point commun que peu d’investisseurs ont encore identifié.
Elles sont positionnées sur ce que nous appellerons dans cet article la phase 2 du cycle d’investissement en intelligence artificielle. Une phase qui ne se joue plus sur les modèles de langage ou les GPU, mais sur la couche physique de l’IA : substrats, équipements de fabrication, photonique sur silicium, refroidissement liquide, capteurs, navigation, boîtiers thermiques. Et la France, à la surprise de beaucoup, possède dans cette couche des champions cotés, éligibles au PEA.
Cet article propose une analyse factuelle et documentée de ces dix valeurs, avec un objectif précis : distinguer pour chacune ce qui est déjà intégré dans les cours actuels de ce qui reste à démontrer opérationnellement. Ce n’est ni une liste de recommandations, ni un screener enthousiaste. C’est une cartographie analytique d’un mouvement en cours.
Qu’est-ce que la phase 2 du cycle IA ? La thèse derrière la hausse des small caps
L’ampleur du cycle d’investissement IA est sans précédent
Les chiffres publiés par CreditSights, IEEE ComSoc, Dell’Oro Group et Goldman Sachs fin 2025 et début 2026 convergent tous vers une conclusion : le capex d’infrastructure IA a changé d’échelle.
Les cinq principaux hyperscalers américains (Amazon, Microsoft, Alphabet, Meta, Oracle) devraient investir près de 600 milliards de dollars en dépenses d’investissement en 2026, en hausse d’environ 36% sur un an. Environ les trois quarts de ce montant, soit près de 450 milliards de dollars, seront fléchés directement vers l’infrastructure IA : serveurs, GPU, datacenters, équipements réseau. L’intensité capitalistique des hyperscalers atteint désormais 45 à 57% de leur chiffre d’affaires, des niveaux jamais observés dans la tech et qui évoquent davantage ceux des utilities régulées.
Pour contextualiser ces montants : les investissements Big Tech représentent environ 1,9% du PIB américain en 2025, et l’investissement lié à l’IA au sens large approche 5% du PIB selon les estimations BIS. Ces niveaux sont comparables aux grands cycles d’investissement du XXe siècle (électrification, autoroutes, large bande). Dell’Oro Group projette un capex mondial data centers approchant les 1 000 milliards de dollars dès fin 2026, et 1 700 milliards à horizon 2030.
BofA décrit un cycle pluriannuel, potentiellement sur la décennie, de mise à niveau de l’infrastructure informatique traditionnelle vers des charges de travail accélérées et IA, avec un marché des semi-conducteurs en route vers 1 000 milliards de dollars de ventes annuelles.
Phase 1 versus phase 2
La phase 1 du cycle IA, celle qui a dominé les marchés de 2023 à mi-2025, était concentrée sur deux couches : les modèles (OpenAI, Anthropic, Mistral) et les GPU de calcul (Nvidia, AMD). Les gagnants étaient concentrés, les multiples de valorisation extrêmes, la corrélation entre titres élevée.
Une mutation s’est enclenchée fin 2025. Goldman Sachs l’a documentée : la corrélation moyenne entre les actions des grands hyperscalers IA est passée d’environ 80% à 20% entre juin et décembre 2025. Les investisseurs ont commencé à rémunérer spécifiquement les maillons de la chaîne dont la capacité à transformer le capex en revenus est la plus lisible.
La phase 2 s’intéresse à tout ce que les GPU ne font pas. Les GPU calculent, mais ils doivent être fabriqués (substrats, équipements MBE), refroidis (serveurs à immersion biphasique), interconnectés à la vitesse de la lumière (photonique sur silicium, architectures co-packaged optics), intégrés dans des systèmes plus vastes (DPU pour orchestrer les flux, capteurs pour alimenter les modèles en données du monde réel). Chacune de ces couches représente un marché de plusieurs milliards de dollars, avec ses propres leaders technologiques.
Le déclic Nvidia de mars 2025
Le 18 mars 2025, Nvidia a dévoilé ses premiers produits CPO (Co-Packaged Optics), Spectrum-X et Quantum-X. Ces architectures intègrent directement la connectivité optique au sein des boîtiers des processeurs, avec à la clé des gains d’efficacité énergétique pouvant atteindre 30%. Ce jour-là, le marché a compris que la prochaine vague d’innovation dans les datacenters ne se jouerait plus sur le calcul pur, mais sur la photonique intégrée.
Or les composants CPO reposent sur des substrats spécifiques : les Photonics-SOI (Silicon-On-Insulator photonique). Et sur ce segment très précis, un leader mondial fabrique les substrats 300 mm nécessaires à l’industrialisation. Il est français, coté à Paris, éligible PEA : Soitec. D’autres acteurs français fournissent les briques complémentaires : Riber fabrique les équipements d’épitaxie qui déposent les matériaux actifs, Semco les composants critiques utilisés dans les fabs, 2CRSi les serveurs refroidis par liquide capables d’accueillir les GPU de nouvelle génération, Kalray les processeurs orchestrateurs de flux.
Cette concentration de savoir-faire positionnés pile sur les goulots d’étranglement de la phase 2 explique le mouvement boursier en cours. La question n’est donc pas « pourquoi ces valeurs montent ? » mais « quelle part de la thèse est déjà dans les cours, et quelle part reste à démontrer ? ».
Small caps françaises IA : les 4 valeurs PEA au cœur de la thèse
Soitec (SOI) : le monopole silencieux de la photonique sur silicium
Soitec conçoit et fabrique les substrats engineered qui servent de fondation aux puces avancées. Sur le segment Photonics-SOI, utilisé pour les circuits photoniques intégrés dans les architectures CPO, la société occupe une position de leader mondial. Avec deux décennies d’expérience dans cette technologie et des capacités industrielles en plaques 300 mm, Soitec est aujourd’hui l’un des rares acteurs au monde capable de répondre à la demande naissante des grands fondeurs.
La situation boursière est atypique. Après avoir été divisée par près de 8 entre ses sommets 2021 (au-delà de 180 euros) et son plancher de 22,62 euros fin 2025, l’action Soitec a plus que triplé depuis le début de 2026. Morgan Stanley a rehaussé sa recommandation à « surpondérer » avec un objectif de cours à 70 euros, fondé sur le potentiel photonique datacenter. Citi, plus prudent, met en garde contre un excès d’optimisme : les fondamentaux à court terme restent affectés par la faiblesse persistante du marché du mobile et de l’automobile.
Dans le prix : le narratif CPO est devenu dominant. Les rumeurs d’intérêt capitalistique circulent. Le rebond intègre déjà une large partie du potentiel photonique.
À prouver : la montée en puissance effective du chiffre d’affaires Photonics-SOI, historiquement une fraction modeste du mix, et la capacité à compenser la faiblesse structurelle du RF mobile (smartphones). Soitec a multiplié les avertissements sur résultats entre 2024 et 2025, ce qui invite à une lecture prudente des anticipations.
Riber (ALRIB) : l’équipementier MBE qui devient bénéficiaire direct de l’IA
Riber est le leader mondial des équipements d’épitaxie par jets moléculaires (MBE), machines qui déposent les matériaux semi-conducteurs couche par couche à l’échelle atomique. Ses clients sont les laboratoires et industriels qui développent les composants les plus exigeants : lasers à boîtes quantiques pour interconnexions optiques, capteurs avancés, dispositifs quantiques.
Les chiffres 2025 sont solides. Le chiffre d’affaires atteint 40,3 millions d’euros, conforme aux objectifs. Le résultat opérationnel courant s’établit à 5,1 millions d’euros (13% du chiffre d’affaires contre 11% en 2024), et le résultat net progresse de 27%. Le carnet de commandes total atteint 26,9 millions d’euros, en hausse de 24%.
Le catalyseur structurel est la plateforme ROSIE (Riber Oxide on Silicon Epitaxy), dédiée à la photonique intégrée sur silicium en format 300 mm. Deux premiers exemplaires ont été commandés en 2025. ROSIE 2, version à double chambre, est annoncée pour 2026. Le partenariat avec le Novo Nordisk Foundation Quantum Computing Programme positionne également Riber sur le marché émergent de l’informatique quantique.
Dans le prix : la hausse boursière intègre largement le succès anticipé de ROSIE et l’exposition aux trois grandes vagues (IA, datacenters, quantique). Une dimension spéculative liée à un possible intérêt capitalistique est également présente.
À prouver : l’industrialisation de ROSIE à l’échelle, la validation commerciale auprès des grands fondeurs, et l’obtention des licences d’exportation. Riber a vu environ 4 millions d’euros d’opportunités commerciales refusées en 2025 pour cause de refus de licences. Ce point géopolitique reste un frein potentiel.
2CRSi (AL2SI) : le pure player français de l’infrastructure IA
2CRSi conçoit des serveurs haute performance sur mesure, avec une spécialisation rare : le refroidissement liquide direct et l’immersion biphasique. Sur ce segment estimé à 5 milliards de dollars avec une croissance annuelle attendue de 25% jusqu’en 2029, la société strasbourgeoise est l’un des très rares acteurs européens.
Les chiffres publiés fin 2025 et début 2026 illustrent un changement d’échelle. Sur le premier semestre de l’exercice 2025/2026, le chiffre d’affaires atteint 204,7 millions d’euros (x9,8 par rapport au semestre comparable), avec un EBITDA de 9,6 millions d’euros (x4,6). La guidance a été rehaussée : plus de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, avec une trajectoire pouvant dépasser 400 millions à court terme. Le 13 avril 2026, 2CRSi a franchi le seuil du milliard de dollars de capitalisation boursière.
Les catalyseurs opérationnels sont nombreux : contrat de 140 millions d’euros pour un projet Cloud AI au Japon, projets en cours au Moyen-Orient et en Asie, partenariats technologiques avec Valeo et Chemours sur le refroidissement biphasique (qualification du fluide Opteon), développement d’une AI Gigafactory dans le Grand Est, commercialisation de serveurs ultra-haute densité Atlas 1.8GG 2PIC capables d’héberger 8 GPU Nvidia H200 au format 1U.
Dans le prix : 2CRSi est considérée comme la valeur la plus étroitement liée à l’IA de la cote parisienne. La narration boursière et l’exécution commerciale s’alignent comme rarement. La performance est spectaculaire : le titre a été un multi-bagger sur 12 mois après avoir déjà gagné près de 190% en 2025.
À prouver : la gestion de l’afflux de chiffre d’affaires sans dégradation des marges (la marge brute cible supérieure à 20% reste un défi à fort volume). L’historique de fragilité bilancielle passée continue d’être surveillé, même si la trésorerie brute de 9 millions d’euros en fin de période rassure. La dépendance au marché américain (85% du chiffre d’affaires 2024-2025) constitue également un facteur à monitorer.
Semco Technologies : la pépite discrète des eChucks
Introduite en Bourse sur Euronext Growth en juillet 2025, Semco Technologies est le plus récent des cœurs de thèse. L’entreprise montpelliéraine conçoit et fabrique des chucks électrostatiques (eChucks), composants critiques utilisés dans le front-end de la fabrication des semi-conducteurs. Ces eChucks permettent de maintenir les wafers de silicium pendant les étapes de gravure et de dépôt, remplaçant avantageusement les clampages mécaniques traditionnels.
Les résultats 2025 publiés le 14 avril 2026 dépassent les objectifs fixés lors de l’IPO. Le chiffre d’affaires atteint 34,2 millions d’euros (+29,5%), l’EBIT 13,9 millions d’euros (40,7% du chiffre d’affaires), le résultat net 10,1 millions d’euros (29,6% du chiffre d’affaires, en progression de 46,5%). Un payout ratio de 45% a été décidé, cohérent avec l’objectif IPO supérieur à 30%. Le chiffre d’affaires embarqué couvre déjà l’exercice 2026, et l’ouverture d’une filiale en Chine devrait accélérer les cycles commerciaux.
La proposition de valeur est particulièrement solide : positionnement de niche, cycles de qualification longs, relations clients profondes (de 10 à 20 ans en moyenne avec les dix premiers comptes), base installée générant une récurrence de revenus. TP ICAP Midcap qualifie Semco de « pépite industrielle » au vu de son excellence d’exécution.
Dans le prix : le statut de champion discret des semi-conducteurs IA est reconnu. La qualité des marges (40,7% d’EBIT) justifie une valorisation premium.
À prouver : la durée limitée en Bourse (neuf mois de track record au moment de la rédaction) invite à la prudence sur les anticipations. La concrétisation de la trajectoire 2028 dépendra de l’exécution du plan Chine et de la pérennité des relais « Contrôle moteur » et « Systèmes fluidiques ».
Défense et optronique : Exosens, Exail, Lumibird comme valeurs IA souveraines
La phase 2 du cycle IA ne se joue pas uniquement dans les datacenters. Elle irrigue également les systèmes de défense modernes, où les drones autonomes, la vision nocturne et la navigation inertielle reposent sur les mêmes briques technologiques que l’infrastructure IA : capteurs avancés, photonique, traitement embarqué de données. Trois valeurs françaises incarnent cette convergence entre IA et souveraineté militaire.
Exosens (EXENS) : le leader mondial non-ITAR de la vision nocturne
Anciennement Photonis, Exosens est le fournisseur stratégique des pays de l’OTAN en tubes intensificateurs d’image pour la vision nocturne, ainsi qu’en capteurs et systèmes d’imagerie embarqués sur drones. Le groupe de Mérignac a publié des résultats 2025 nettement supérieurs à ses objectifs : chiffre d’affaires de 468,2 millions d’euros (+22,1%, +12,7% organique), EBITDA ajusté de 151,6 millions (+26,6%, marge 32,4%), résultat net multiplié par deux à 70,2 millions.
La défense et la surveillance représentent 75% du chiffre d’affaires. Fin 2025, Exosens a signé avec l’OCCAR un contrat de 500 millions d’euros, en partenariat avec le grec Theon International, pour équiper les forces armées allemandes de 100 000 jumelles MIKRON intégrant 200 000 tubes intensificateurs d’image. En mars 2026, la filiale américaine Photonis Defense a décroché un contrat IDIQ BiNOD du Pentagone d’une valeur maximale de 352,6 millions de dollars jusqu’en 2033. La guidance 2026 vise un chiffre d’affaires de 520 à 540 millions d’euros et un EBITDA ajusté de 168 à 178 millions.
La convergence avec l’IA se joue sur l’imagerie embarquée : les drones modernes, militaires comme civils, intègrent des modules optiques multispectrales qui alimentent en données les systèmes de reconnaissance basés sur l’apprentissage automatique. Exosens lance également des applications pour le contrôle industriel en temps réel et l’inspection des semi-conducteurs, où l’IA stimule la demande d’imagerie avancée.
Exail Technologies (EXA) : navigation inertielle, drones sous-marins et photonique
Née en 2022 de la fusion ECA Group / iXblue, Exail Technologies est le leader mondial des drones sous-marins autonomes et des centrales inertielles à gyroscope à fibre optique. Les résultats 2025 affichent une croissance spectaculaire : chiffre d’affaires de 479 millions d’euros (+28%), prises de commandes de 844 millions (+87%), carnet de commandes de plus de 1,1 milliard. La marge EBITDA a atteint 23% au second semestre, avec un objectif de long terme de 25% en phase de production pleine.
Les catalyseurs vont bien au-delà du déminage naval historique. Les centrales Astrix-NS équipent désormais des satellites New Space en orbite basse. Le programme SLAMF en France, les contrats Singapour, Indonésie et Émirats arabes unis structurent la trajectoire jusqu’en 2028. Le 3 octobre 2025, le drone DriX O-16 a réalisé une première mondiale en traversant le détroit de Gibraltar en autonomie supervisée sur 2 000 kilomètres. Les levées d’obligations convertibles ODIRNANE (300 millions en septembre 2025, 256 millions en janvier 2026) renforcent la flexibilité financière du groupe.
L’exposition IA est indirecte mais réelle : les drones sous-marins intègrent des briques d’autonomie reposant sur l’apprentissage automatique, les centrales inertielles pour satellites alimentent la nouvelle économie spatiale, et le segment Technologies avancées (photonique, composants pour calculateurs quantiques) se développe à près de +21% de croissance annuelle.
Lumibird (LBIRD) : laser photonique entre défense et diagnostic semi-conducteurs
Lumibird est l’un des grands spécialistes mondiaux du laser, avec deux divisions : Photonique (défense, spatial, industriel, scientifique) et Médical (ophtalmologie). Les résultats 2025 affichent une marge d’EBITDA de 20,2% (+4,3 points) et un free cash-flow de 13,1 millions d’euros. Le chiffre d’affaires atteint 225,6 millions (+8,9%), avec une Photonique en croissance de 14,1% portée par un segment Défense/Spatial en hausse de 20% à 54,3 millions.
Au-delà du cœur défense, Lumibird développe des applications directement pertinentes pour la phase 2 : diagnostic et inspection des semi-conducteurs, technologies quantiques, LiDAR pour véhicules autonomes. La participation de 37% dans CILAS (aux côtés de MBDA et Safran) ancre également la société dans l’écosystème souverain français. Un projet de cession ou recentrage de la division médicale est en discussion, ce qui concentrerait le portefeuille sur la photonique haute technologie.
Kalray (DPU) : la small cap IA française la plus spéculative du lot
Kalray mérite un traitement à part. C’est le seul acteur européen coté sur le marché des DPU (Data Processing Units), ces processeurs qui orchestrent les flux de données dans les infrastructures IA. Là où les GPU calculent et les CPU pilotent, les DPU déchargent et optimisent les communications entre composants, avec une efficacité énergétique devenue critique dans les datacenters modernes.
L’histoire récente de Kalray est celle d’un pivot radical. Fin 2024, la société grenobloise était asphyxiée financièrement, avec un horizon de liquidité ne dépassant pas le printemps 2025. Le recentrage contraint sur les DPU, la cession de l’activité Data Acceleration Platform à DataCore Software en février 2025, et surtout le partenariat industriel structurant avec l’espagnol OpenChip (4 millions de licence IP + environ 10 millions de prestations de services, avec une cinquantaine de collaborateurs transférés) ont sauvé l’entreprise.
Les chiffres 2025 publiés en janvier 2026 valident le nouveau modèle : chiffre d’affaires consolidé de 16,5 millions d’euros, mais surtout multiplication par quatre à périmètre comparable semi-conducteur (de 3,6 millions en 2024 à 14,3 millions en 2025), et passage à un EBITDA largement positif contre -8,2 millions en 2024. La trésorerie de 2,9 millions d’euros sécurise l’horizon de financement au-delà du 30 juin 2026. Les résultats annuels complets 2025 seront publiés le 23 avril 2026.
L’engouement boursier est massif mais repose essentiellement sur des attentes : montée potentielle d’OpenChip au capital, duplication du modèle de licensing avec d’autres partenaires (discussions avancées évoquées dans les domaines IA, gigafactories IA, HPC, télécoms, espace, défense), stabilisation durable de la rentabilité.
Dans le prix : un scénario optimiste où Kalray devient un acteur de référence européen du licensing DPU est largement intégré.
À prouver : la concrétisation d’au moins un nouveau partenariat industriel d’envergure, la durabilité de l’EBITDA positif, l’absence de nouveau besoin de refinancement, et à plus long terme la montée en puissance effective d’OpenChip auprès de clients finaux comme NEC. Kalray reste la valeur la plus spéculative de cette sélection.
Memscap et Egide : des small caps périphériques au cycle IA
Tous les mouvements sectoriels boursiers produisent leurs valeurs périphériques : des dossiers de plus petite taille, aux fondamentaux moins directement connectés à la thèse centrale, mais qui réagissent mécaniquement à la rotation par effet beta. Memscap et Egide relèvent de cette catégorie et méritent une lecture spécifique.
Memscap (CA 2025 de 12 millions d’euros, résultat net de 0,9 million) est principalement un fournisseur de capteurs MEMS haute précision pour l’aéronautique (67% du chiffre d’affaires) et le médical. L’exposition à l’IA est très indirecte, via un segment Communications optiques (atténuateurs variables VOA) de petite taille. La hausse boursière récente s’explique davantage par la rotation sectorielle semi-conducteurs que par une transformation fondamentale du business. Memscap a récemment annoncé un premier dividende de 500 000 euros.
Il est à noter que le fondateur de Memscap a récemment introduit en Bourse une seconde société, IEVA Group :
Egide (CA 2025 de 31,3 millions d’euros, encore en perte nette au premier semestre) fabrique des boîtiers hermétiques pour composants électroniques sensibles, notamment en imagerie thermique (45% du chiffre d’affaires). L’action a progressé de 163% sur trois mois après être passée de 0,40 euro fin novembre 2025 à plus de 1 euro début mars 2026. Cette hausse dépasse largement la réalité de la rentabilité opérationnelle. Le groupe est en phase de restructuration, avec une nouvelle gouvernance (Ignace Dupon à la direction générale depuis août 2025) et une consolidation industrielle US en cours.
Ces deux valeurs doivent être lues pour ce qu’elles sont : des bénéficiaires secondaires de la rotation, plus exposées à la liquidité de marché et au narratif qu’aux fondamentaux. Leur mouvement peut se retourner rapidement si le narratif sectoriel se refroidit.
Risques à connaître avant d’investir dans les small caps IA françaises
Une analyse honnête de ce mouvement boursier ne peut ignorer les risques. Trois points méritent d’être clairement identifiés.
Le timing du cycle. BofA et Dell’Oro projettent un cycle pluriannuel, mais tous les cycles d’investissement technologique connaissent des phases de digestion. Les hyperscalers financent une part croissante de leur capex par dette (108 milliards de dollars levés en 2025, projection de 1 500 milliards sur les prochaines années). À un moment, le marché examinera la profitabilité réelle des investissements. Une décélération du capex, même temporaire, pénaliserait d’abord les fournisseurs de la couche physique.
Le « déjà dans le prix ». Pour plusieurs valeurs de cette sélection, la performance boursière 2026 a déjà intégré une large partie de la thèse opérationnelle. Les publications de résultats à venir (Kalray le 23 avril, Egide le 27 avril, poursuite des guidances tout au long de l’année) constitueront des tests d’exécution critiques. Un décalage entre attentes et réalité produirait des corrections significatives sur des valeurs aux flottants parfois limités.
La volatilité des small caps. La plupart de ces valeurs sont cotées sur Euronext Growth ou dans les segments à plus faible liquidité. Les mouvements haussiers rapides peuvent se transformer en mouvements baissiers tout aussi rapides. La volatilité mensuelle observée dépasse 20% pour plusieurs d’entre elles. Les écarts bid-ask et la profondeur de carnet méritent d’être examinés avant toute décision d’investissement.
À ces risques structurels s’ajoutent les facteurs spécifiques : géopolitique (licences d’exportation pour Riber, tensions technologiques US-Chine pour tout l’écosystème), concentration client (OpenChip pour Kalray, marchés militaires européens pour Exosens/Exail), exposition macro (mobile pour Soitec, industriels pour 2CRSi).
Investir en PEA dans l’IA : small caps individuelles ou ETF ?
Les dix valeurs analysées dans cet article sont éligibles au Plan d’Épargne en Actions. Quatre d’entre elles (Soitec, Exosens, Exail Technologies, Lumibird) sont cotées sur les compartiments principaux d’Euronext Paris et appartiennent aux indices SBF 120 ou Euronext Tech Leaders. Les autres (Riber, 2CRSi, Kalray, Memscap, Egide, Semco Technologies) sont cotées sur Euronext Growth, ce qui implique des contraintes de liquidité plus marquées et des obligations d’information allégées.
La construction d’une exposition diversifiée à la thèse phase 2 via ces seules valeurs individuelles présente des défis de taille de position, surtout pour les petits portefeuilles PEA (plafond de 150 000 euros). Pour les investisseurs qui préfèrent une approche passive et diversifiée, l’ETF Amundi PEA Monde (MSCI World) UCITS ETF Acc (ticker DCAM), éligible PEA avec des frais courants de 0,20% et une réplication synthétique, permet de capter la tendance IA mondiale sans sélectionner individuellement ces small caps. Il s’agit d’un ETF World et non d’un pur tech : la tendance IA y est captée via les pondérations naturelles des grands indices.
Pour une exposition plus ciblée au secteur technologique européen, l’Amundi Stoxx Europe 600 Technology UCITS ETF (version PEA-éligible) offre une alternative sectorielle complémentaire. Aucun ETF pur « small caps tech France PEA » n’existe à ce jour sur le marché, ce qui rend la sélection individuelle incontournable pour qui veut jouer spécifiquement la thèse phase 2 française.
Tableau comparatif des 10 small caps françaises IA éligibles au PEA
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux indicateurs des dix valeurs analysées, avec une lecture thèse phase 2, qualité des fondamentaux et niveau de spéculation intégré dans le cours. Les données sont arrêtées au 21 avril 2026.
| Valeur | Ticker | Activité | CA 2025 | Marge EBITDA / EBIT | Exposition phase 2 | Niveau de spéculation |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Soitec | SOI | Substrats Photonics-SOI pour CPO | 897 M€ (exercice 25-26) | EBITDA environ 29% | Cœur de thèse (photonique) | Élevé (narratif dominant) |
| Riber | ALRIB | Équipements MBE pour semi-conducteurs avancés | 40,3 M€ | ROC 13% du CA | Cœur de thèse (équipement) | Moyen à élevé |
| 2CRSi | AL2SI | Serveurs IA refroidissement liquide | 220,8 M€ (clos juin 2025) | EBITDA environ 5% | Cœur de thèse (pure player IA) | Élevé (multi-bagger en cours) |
| Semco Technologies | (nouveau) | eChucks pour fabrication semi-conducteurs | 34,2 M€ | EBIT 40,7% | Cœur de thèse (front-end semi) | Moyen (track record court) |
| Exosens | EXENS | Vision nocturne, capteurs défense | 468,2 M€ | EBITDA ajusté 32,4% | Satellite défense/optronique | Moyen |
| Exail Technologies | EXA | Navigation inertielle, drones sous-marins | 479 M€ | EBITDA 23% au S2 | Satellite défense/navigation | Moyen à élevé |
| Kalray | ALKAL | DPU (Data Processing Units) | 16,5 M€ | EBITDA largement positif après -8 M€ | Situation spéciale (pivot IP) | Très élevé |
| Lumibird | LBIRD | Lasers photonique et médical | 225,6 M€ | EBITDA 20,2% | Satellite photonique/défense | Faible à moyen |
| Memscap | MEMS | Capteurs MEMS aéronautique/médical | 12,0 M€ | EBITDA ajusté 13,2% | Périphérique (beta secteur) | Élevé (fondamentaux faibles) |
| Egide | ALGID | Boîtiers hermétiques optronique | 31,3 M€ | EBITDA S1 positif mais marginal | Périphérique (beta secteur) | Très élevé (perte nette) |
FAQ : Small caps françaises IA et investissement PEA en 2026
Quelles sont les actions françaises IA éligibles au PEA en 2026 ?
Les principales valeurs françaises exposées à la thèse IA phase 2 éligibles au PEA sont Soitec, Riber, 2CRSi, Semco Technologies, Exosens, Exail Technologies, Kalray, Lumibird, Memscap et Egide. Ces sociétés couvrent différentes couches de la chaîne de valeur : substrats, équipements, serveurs, processeurs spécialisés, capteurs et systèmes critiques.
Qu’est-ce que la « phase 2 » du cycle d’investissement IA ?
La phase 2 désigne le glissement du capex IA depuis la couche logicielle et les GPU (phase 1, 2023-2025) vers la couche physique en amont : substrats, équipements de fabrication, photonique sur silicium, refroidissement liquide, capteurs, navigation, interconnexions optiques. Cette phase mobilise l’intégralité de la chaîne industrielle des semi-conducteurs et crée des opportunités pour les fournisseurs spécialisés en Europe.
Pourquoi les small caps françaises liées à l’IA s’envolent en 2026 ?
Trois facteurs se cumulent : l’accélération du capex hyperscalers à près de 600 milliards de dollars en 2026 (+36%), la matérialisation de la demande CPO avec les annonces Nvidia de mars 2025, et la sous-valorisation relative de l’écosystème français pendant toute la phase 1. Certaines valeurs (Soitec, Kalray) rebondissent également après des phases sévères de baisse.
Peut-on investir en PEA dans des ETF IA ?
Oui. L’ETF Amundi PEA Monde (MSCI World) UCITS ETF Acc (ticker DCAM, TER 0,20%) permet une exposition mondiale diversifiée qui capte indirectement la tendance IA via les pondérations des grands indices. L’Amundi Stoxx Europe 600 Technology UCITS ETF offre une alternative sectorielle européenne. Aucun ETF pur « small caps IA France PEA » n’existe actuellement.
Quels sont les principaux risques de ces valeurs ?
Les trois risques structurels sont le timing du cycle d’investissement IA (décélération possible du capex hyperscalers), le « déjà dans le prix » qui rend les publications de résultats particulièrement sensibles, et la volatilité élevée des small caps avec parfois une liquidité limitée. À cela s’ajoutent des facteurs spécifiques : géopolitique, concentration client, exposition macro.
Quelle différence entre valeurs cœur de thèse et satellites ?
Le cœur de thèse regroupe les sociétés dont le business est directement structuré par l’infrastructure IA (Soitec, Riber, 2CRSi, Semco). Les satellites défense/optronique (Exosens, Exail, Lumibird) appliquent les mêmes briques technologiques dans un contexte de souveraineté militaire, avec une exposition IA plus indirecte mais réelle. Les périphériques (Memscap, Egide) sont des bénéficiaires secondaires de la rotation sectorielle, avec des fondamentaux moins alignés.
Conclusion : l’envolée des small caps IA françaises et votre PEA
Le mouvement boursier des small et mid caps françaises liées à la phase 2 du cycle IA est l’un des phénomènes les plus spectaculaires du début 2026. Il repose sur une réalité économique substantielle : près de 600 milliards de dollars de capex hyperscalers, une mise à niveau pluriannuelle de l’infrastructure informatique, et une demande structurelle pour les briques physiques (substrats, équipements, serveurs, capteurs) sur lesquelles ces valeurs sont positionnées.
Les quatre cœurs de thèse (Soitec, Riber, 2CRSi, Semco Technologies) se distinguent par un alignement profond entre narratif boursier et transformation opérationnelle. Les satellites défense (Exosens, Exail, Lumibird) ajoutent une dimension de souveraineté qui renforce la thèse. Kalray occupe une position de situation spéciale à ne pas confondre avec les autres. Memscap et Egide relèvent du beta sectoriel.
Dans tous les cas, l’analyse « dans le prix / à prouver » invite à une lecture active. Les publications de résultats attendues au cours des prochaines semaines (Kalray, Egide, puis les publications trimestrielles à partir de l’été) constitueront des tests d’exécution critiques. Les écarts entre anticipations et réalité opérationnelle seront immédiatement sanctionnés ou récompensés par le marché.
Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Les éléments présentés sont factuels et documentés à la date de publication ; les cours et chiffres évoluent en permanence. Toute décision d’allocation devra s’appuyer sur une analyse personnelle et une diversification cohérente avec le profil de risque de chaque investisseur.
Cet article a été rédigé à partir des communiqués financiers officiels des sociétés, des publications d’analystes (Morgan Stanley, Citi, BofA, Oddo BHF, TP ICAP Midcap) et des données macro de CreditSights, Dell’Oro Group, Goldman Sachs et Morningstar. Les données boursières sont arrêtées au 21 avril 2026.