Moïse Mitterrand
Le promoteur immobilier qui écrit des lettres aux actionnaires dignes d'Omaha : allocation contre-cyclique du capital, dette quasi nulle, et un ROE de 22 % quand le secteur s'endette. Précision généalogique : petit-neveu, pas neveu, de François Mitterrand.
L'essentiel en 30 secondes
- Moïse Mitterrand dirige Bassac (ex Les Nouveaux Constructeurs), le promoteur fondé en 1972 par son père Olivier Mitterrand (X-Harvard). Président du directoire au cours de l'exercice 2013, PDG depuis le 15 mai 2020.
- Précision généalogique que presque tout le monde rate : il est le petit-neveu de François Mitterrand (fils d'Olivier, lui-même fils de Robert, frère de l'ancien président), pas son neveu.
- Les chiffres détonnent dans l'immobilier : ROE de 22 % en 2019 (99,7 M€ de résultat net), marges brutes de 24 à 26 % contre ~19 % chez Kaufman & Broad, dette nette quasi nulle dès 2020.
- Sa signature : des lettres aux actionnaires de culture Buffett (« Notre résultat net, le seul qui compte », horizon de « décennies », « une crise est toujours au coin de la rue »), rarissimes dans la cote française.
- Pour ton PEA : Bassac (FR0004023208) est éligible au PEA et au PEA-PME. Vigilance : famille à ~78 %, flottant étroit, liquidité faible, et une OPAS à 35 € en 2016 jugée insuffisante par des minoritaires.
Qui est Moïse Mitterrand, le Buffett de la promotion immobilière ?
Commençons par la correction que presque toute la presse rate : Moïse Mitterrand est le petit-neveu de François Mitterrand, pas son neveu. Son grand-père Robert était le frère de l'ancien président ; son père Olivier, polytechnicien passé par Harvard, a fondé Les Nouveaux Constructeurs en 1972. La généalogie posée, venons-en à ce qui intéresse l'investisseur : la maison que cette famille a bâtie est l'un des objets boursiers les plus singuliers de la cote française.
Moïse Mitterrand fait ses armes dans le groupe par l'immobilier d'entreprise puis la promotion à Munich (Concept Bau), avant de prendre la présidence du directoire au cours de l'exercice 2013, puis le poste de PDG le 15 mai 2020, l'année où Les Nouveaux Constructeurs devient Bassac. Le nouveau nom vaut anecdote, racontée dans une lettre aux actionnaires : il vient de l'abbaye de Saint-Étienne de Bassac, et la police de caractères (Firmin Didot) a été choisie en interne pour éviter tout conseil onéreux en stratégie de marque. Le détail dit tout de la culture maison : le coût est un ennemi, y compris dans le rebranding.
Les chiffres valident la culture. En 2019 : 99,7 millions d'euros de résultat net pour 444,8 millions de fonds propres en début d'exercice, soit un retour sur fonds propres de 22 %, dans un métier réputé banal. Marges brutes de 24 à 26 % quand Kaufman & Broad tourne autour de 19 %. Et surtout, dette nette quasi nulle dès 2020, l'hérésie suprême dans la promotion, secteur qui vit d'ordinaire sous perfusion de levier. Premier Investissement SAS, la holding familiale, détient environ 78 % du capital.
« Notre résultat net, le seul qui compte » : l'owner-operator à la française.
Ce qui a rendu Bassac culte chez une frange d'investisseurs particuliers français, ce ne sont pas d'abord les chiffres : ce sont les lettres aux actionnaires de Moïse Mitterrand, exercice quasi inexistant dans la cote parisienne et directement inspiré de la tradition d'Omaha. On y lit une doctrine explicite : le résultat net comme seule boussole (« notre résultat net, le seul qui compte »), un horizon de « décennies », et une prudence sectorielle érigée en principe : « une crise est toujours au coin de la rue ».
Cette prudence n'est pas une posture : elle structure le bilan. La dette quasi nulle et la discipline d'achat du foncier sont les deux faces de la même conviction : dans un métier cyclique, celui qui n'a pas de dette choisit son moment, celui qui en a le subit. Quand la crise immobilière frappe, le promoteur endetté brade ses programmes ; Bassac, elle, peut acheter le foncier des autres. L'allocation contre-cyclique du capital n'est possible qu'adossée à un bilan de forteresse : Buffett ne dit pas autre chose depuis soixante ans.
Le revers de la médaille est classique des owner-operators : avec 78 % aux mains de la famille, le flottant est étroit, l'action peu liquide, et l'histoire a laissé une cicatrice : l'OPAS de 2016 à 35 euros par l'actionnaire majoritaire, jugée insuffisante par des minoritaires, n'a pas atteint le seuil du retrait obligatoire. Investir aux côtés d'une famille, c'est accepter d'être passager : le pilote est excellent, mais c'est lui qui tient le volant, y compris le jour où il proposera de te racheter ta place.
La trajectoire de Bassac et Moïse Mitterrand en 6 étapes.
Le polytechnicien passé par Harvard crée Les Nouveaux Constructeurs. Son fils Moïse en fera Bassac cinquante ans plus tard.
Moïse Mitterrand développe l'immobilier d'entreprise puis la promotion à Munich (Concept Bau) : la rigueur du marché allemand comme formation.
Il prend la tête opérationnelle du groupe au cours de l'exercice, la génération fondatrice passant le relais.
L'offre de l'actionnaire majoritaire, jugée insuffisante par des minoritaires, n'atteint pas le seuil de retrait. L'action reste cotée.
99,7 M€ de résultat net : la démonstration qu'un promoteur discipliné peut afficher des rentabilités de société de logiciels.
Renommage (l'abbaye de Saint-Étienne de Bassac), Moïse Mitterrand PDG le 15 mai, dette nette quasi nulle : la forteresse est en place.
Les quatre principes de la méthode Bassac.
Ni la taille, ni les réservations, ni le rang sectoriel : le profit par action sur longue durée. Tout le reste est de la vanité d'entreprise.
Bilan quasi sans dette dans un secteur sous levier : celui qui ne doit rien choisit son moment dans le cycle, les autres le subissent.
L'allocation contre-cyclique du capital : le foncier s'achète dans les crises, pas aux sommets. La forteresse financière sert à ça.
Les lettres annuelles exposent la doctrine, les erreurs et l'horizon. La transparence attire un actionnariat qui reste : le bon carburant du temps long.
Mitterrand en deux citations.
Notre résultat net, le seul qui compte.
Moïse Mitterrand · Lettres aux actionnaires de BassacUne crise est toujours au coin de la rue.
Moïse Mitterrand · Lettres aux actionnaires de BassacLoger Bassac dans ton PEA ?
Bassac (FR0004023208) est éligible au PEA et au PEA-PME. Action peu liquide au flottant étroit : les ordres limites s'imposent, et le choix du courtier compte pour les small caps.
