Je suis tombé un peu par hasard sur la Compagnie Lebon en m’intéressant à la famille d’Augustin Paluel-Marmont, le cofondateur de Michel & Augustin. Et je suis descendu dans un rabbit hole assez fantastique !

Michel & Augustin – Source : site officiel

Parce que derrière cette société française d’environ 115 millions d’euros de capitalisation, que personne ou presque ne regarde, se cache une famille qui contrôle le même véhicule coté depuis 1854. Sept générations sont passées par là. Le gaz, l’électricité, leur nationalisation, Rexel, les hôtels, le private equity : les actifs changent, la holding reste.

Évidemment, ça m’a donné envie de regarder ailleurs. Existe-t-il encore en Europe de toutes petites holdings cotées, contrôlées par un entrepreneur ou une famille, capables de transformer quelques millions d’euros en quelques centaines de millions sur plusieurs décennies ? Et surtout : lesquelles ont réellement créé leur patrimoine à l’instar d’Augustin Paluel-Marmont, plutôt que simplement bien géré celui de leur arrière-arrière-grand-père ?

Holdings : pourquoi chercher plus bas que Berkshire et Exor ?

On connaît Berkshire Hathaway. En Europe, on cite volontiers Exor, Investor AB, Bolloré, Peugeot Invest ou Wendel. Ces mastodontes sont devenus énormes, leur histoire est parfois vieille de plusieurs siècles, et leur surface financière rend leur modèle quasiment impossible à reproduire pour un investisseur qui partirait aujourd’hui avec quelques milliers d’euros.

En descendant beaucoup plus bas dans la cote européenne, on trouve pourtant des sociétés étonnantes. Des holdings pesant parfois quelques dizaines ou centaines de millions d’euros, encore contrôlées par leur fondateur ou sa famille, capables de détenir aussi bien des PME non cotées que des actions cotées, de céder une filiale devenue trop chère, de racheter leurs propres actions quand elles sont décotées ou de garder du cash plusieurs années en attendant une opportunité.

Certaines ont surtout réussi à préserver un patrimoine familial. D’autres ont fabriqué leur capital quasiment à partir de zéro et cette distinction change tout.

Pour cet article, j’en ai retenu six : Traction en Suède, Value8 aux Pays-Bas, Byggmästaren en Suède, la Compagnie Lebon en France, Libertas 7 en Espagne et RedFish LongTerm Capital en Italie. Je les classe selon un critère qui m’intéresse davantage que le potentiel boursier immédiat : la qualité et l’originalité de leur modèle d’allocation du capital.

Une holding d’investissement, c’est quoi exactement

Une entreprise classique utilise son capital dans un métier. LVMH fabrique et distribue des produits de luxe, Airbus construit des avions, Schneider Electric vend des équipements liés à l’électrification.

Une holding d’investissement fait autre chose : son véritable métier consiste à allouer du capital. Elle peut posséder des entreprises opérationnelles, des participations minoritaires cotées, des sociétés non cotées, de l’immobilier, du cash, des obligations, parfois une société de gestion. En achetant l’action, tu ne mises donc pas sur une entreprise en particulier : tu confies indirectement ton argent à un allocateur de capital. Et cela modifie complètement la manière d’analyser le titre.

Pour approfondir

L'ANR par action, l'indicateur qui compte

L’actif net réévalué (ANR) correspond à la valeur estimée des actifs de la holding moins ses dettes. Mais l’ANR total peut doubler simplement parce que la société lève des capitaux auprès de nouveaux actionnaires, sans enrichir l’actionnaire historique. Le bon indicateur est donc l’ANR par action, dividendes réinvestis : combien vaut économiquement ta part de la holding aujourd’hui par rapport à il y a cinq, dix ou vingt ans. C’est le meilleur juge de paix d’un allocateur de capital.

Traction : quelques milliers de couronnes devenus plus de 4 milliards

Actifs possédés par Traction

C’est probablement l’entreprise la plus fascinante de cette sélection, et celle qui répond le plus directement à ma question de départ : oui, on peut créer un patrimoine coté à partir de rien.

Traction en bref
Pays et cotationSuède, Bourse de Stockholm
Création1974, par Bengt Stillström, seul
Capital de départ« Quelques milliers de couronnes » selon la société
Fonds propres aujourd’huiPlus de 4,2 milliards de couronnes suédoises
Distributions cumuléesPlus d’1 milliard de couronnes depuis l’introduction en Bourse en 1997
Dette maison mèreAucune, revendiquée comme un principe
ContrôleFamille Stillström, Petter Stillström directeur général depuis 2001

De consultant à actionnaire

Au départ, Stillström facture du conseil aux entrepreneurs. Puis le modèle évolue, étape par étape : rémunérations liées à la performance, prises de participation, investissement en fonds propres, et enfin actionnariat actif de PME cotées et non cotées. Traction décrit elle-même cette trajectoire comme un enchaînement : compétence, missions auprès d’entrepreneurs, accès aux opportunités, participations au capital, création de valeur, plus-values, capital permanent, investissements plus importants. Un flywheel presque parfait, dont le carburant initial était du savoir-faire et du temps, avant d’être de l’argent.

Le fondateur de Traction – Site officiel

Une organisation minuscule

Pendant ses dix premières années, Bengt Stillström est seul. L’organisation centrale montée ensuite ne dépasse historiquement pas une dizaine de personnes, appuyée sur un réseau externe d’entrepreneurs, de dirigeants et de spécialistes. On retrouve une caractéristique commune aux grands allocateurs de capital : un siège minuscule relativement aux actifs contrôlés. Chaque couronne de frais centraux évitée est une couronne qui compose !

Une transmission déjà réalisée

Bengt Stillström dirige jusqu’en 2001, son fils Petter lui succède comme directeur général et occupe toujours la fonction en 2026, les deux restant actionnaires significatifs. Traction a donc déjà franchi l’épreuve qui détruit la plupart des patrimoines : la succession. Et elle a transmis davantage qu’un portefeuille, elle a transmis la fonction d’allocateur elle-même.

33. Ce que Traction enseigne tient en une phrase : le capital peut être construit à partir de compétences avant d’être construit avec de l’argent ! C’est ce qui la distingue profondément des holdings issues de fortunes déjà constituées.

Value8 : transformer une cotation en machine à composer

Value8 raconte une histoire beaucoup plus récente, et beaucoup plus financière. Ici, l’outil central du modèle est la Bourse elle-même.

Value8 en bref
Pays et cotationPays-Bas, Euronext Amsterdam
LancementSeptembre 2008, en pleine crise financière
ANR par action au départ0,41 €
ANR par action au 30 juin 202611,25 €
Fonds propres121,2 millions d’euros
DividendeVersé chaque année depuis 2011, 3,54 € cumulés par action ordinaire selon la société
Contrôle3L Capital Holding (lié au fondateur Peter Paul de Vries) entre 30 et 40 %, J.P. Visser entre 25 et 30 %

Multiplication par 27 en dix-huit ans

De 0,41 euro à 11,25 euros par action : même sans compter les dividendes, la valeur intrinsèque par action a été multipliée par plus de 27, soit environ 20 % de croissance annualisée sur près de dix-huit ans. Peu de sociétés européennes, holdings ou pas, affichent une telle trajectoire de création de valeur par action sur la période.

La cotation comme technologie financière

Ce qui m’intéresse chez Value8 dépasse la performance passée : c’est sa façon d’utiliser le statut de société cotée comme un outil. Une société cotée peut lever du capital plus facilement, payer des acquisitions en actions, offrir de la liquidité à ses actionnaires, introduire des participations en Bourse ou intervenir dans des recapitalisations et opérations spéciales. Value8 se situe précisément à l’intersection du private equity, des small caps cotées et du corporate finance. On pense souvent à une introduction en Bourse comme à l’aboutissement d’une entreprise. Chez une holding, elle peut au contraire devenir un point de départ.

44. Une cotation bien utilisée peut devenir un avantage compétitif pour un allocateur de capital. Elle peut aussi devenir une formidable machine à diluer si les actions émises créent moins de valeur qu’elles n’en coûtent. Tout dépend de la discipline de l’allocateur.

Voici ses principales participations :

Principales participations de Value8 – Source : PEA.fr, illustration réalisée avec le moteur de génération d’images de ChatGPT

Byggmästaren : savoir abandonner son métier d’origine

Byggmästare Anders J Ahlström Holding, appelons-la Byggmästaren, illustre un troisième modèle : celui du recyclage. Le patrimoine familial Ahlström vient de l’immobilier suédois, la société moderne repart en 2013 avec un important portefeuille résidentiel, puis se transforme progressivement en société d’investissement. L’idée centrale tient en une phrase : un actif n’est jamais sacré, le capital l’est.

Byggmästaren en bref
Pays et cotationSuède, Bourse de Stockholm
OriginePatrimoine immobilier de la famille Ahlström, relance en 2013
ANR au 30 juin 20261,851 milliard de couronnes suédoises, soit 64,46 couronnes par action
Performance+13,4 % par an en moyenne depuis fin 2014, dividendes réinvestis
Cours au 30 juin 202651,50 couronnes, soit une décote de 20,1 % sur l’ANR
Allocation en coursProgramme de rachat d’actions pouvant atteindre 50 millions de couronnes lancé en 2026

Safe Life, l’opération qui révèle le métier

Byggmästaren investit dans Safe Life en 2020. Cinq ans plus tard, après une forte croissance, une opération avec le fonds Bridgepoint lui permet de libérer 525 millions de couronnes de liquidités tout en restant actionnaire, avec un TRI historique annoncé d’environ 58 %. Beaucoup d’entrepreneurs restent prisonniers du métier qui a créé leur fortune : un promoteur devient investisseur immobilier, un industriel rachète des industriels. Byggmästaren montre une autre voie. Le premier métier sert à fabriquer le capital, il n’est pas obligé de dicter l’allocation des cinquante années suivantes !

Participations de Byggmästaren – Source : Source : PEA.fr, illustration réalisée avec le moteur de génération d’images de ChatGPT

Racheter… Byggmästaren

Que faire des 525 millions de couronnes ? C’est exactement là que le métier de holding commence : financer de nouvelles participations, distribuer, ou racheter ses propres actions quand elles sont décotées. Avec une décote de 20 % sur son ANR, la question se pose naturellement : pourquoi acheter une entreprise à 15 fois ses bénéfices si ton propre portefeuille s’achète en Bourse avec 20 % de rabais ? Le programme de rachat lancé en 2026 apporte la réponse ! C’est l’une des questions les plus importantes de l’allocation du capital, et Byggmästaren y répond par les actes.

Compagnie Lebon : 190 ans de capital familial, le point de départ du rabbit hole

Retour au point de départ de cet article, et changement complet d’échelle temporelle !

Compagnie Lebon en bref
Pays et cotationFrance, Euronext Growth Paris, ticker ALBON, ISIN FR0000121295
ÉligibilitéPEA et PEA-PME, confirmée par l’émetteur
Origines1835 à Dieppe, cotée à Paris depuis 1854
ContrôleFamille Paluel-Marmont, 7e génération aux commandes depuis 2020
ANR au 31 décembre 2025312,3 millions d’euros, soit 266,21 € par action, en hausse de 9,9 %
Répartition de l’ANR65 % hospitalité, 35 % investissement
Cours et décote96,60 € fin 2025, soit une décote de 64 % sur l’ANR
Dividende proposé à l’AG de mai 202612 € par action, dont 8 € exceptionnels

Du gaz de Dieppe à Rexel

L’histoire commence en 1835, quand Charles Lebon obtient une concession à Dieppe pour construire une usine à gaz et éclairer la ville. Suivent la cotation à Paris en 1854, l’expansion du gaz puis de l’électricité jusqu’en Espagne et en Égypte, et les lois de nationalisation de 1946 qui emportent les usines Lebon & Cie. La société se réinvente alors en profondeur : elle crée la CDME en 1960, un distributeur de matériel électrique qui deviendra Rexel, leader mondial de son métier, cédé en 1987. Le produit de cette cession finance la création de Paluel-Marmont Capital et la bascule définitive vers les métiers d’investissement. La famille a même développé les premières SICAV et FCP de France dès 1976.

Historique de la Compagnie Lebon

Et le lien avec Michel & Augustin, celui qui m’a fait tomber dans ce dossier ? Jean-Marie Paluel-Marmont, qui a présidé la Compagnie Lebon de 1993 à 2013, est le père d’Augustin, cofondateur de la marque de biscuits en 2004 avec Michel de Rovira. Augustin a lui-même été administrateur de la holding familiale pendant une dizaine d’années. La marque a été cédée à Danone puis rachetée par Ferrero en 2024. Une même famille, deux logiques : l’aventure entrepreneuriale qui crée du capital d’un côté, la holding qui le fait durer de l’autre.

Ce que possède la holding aujourd’hui

Les comptes 2025, présentés en mars 2026, permettent de radiographier précisément le patrimoine. L’ANR se décompose ainsi :

ANR par activité (M€)31.12.2025Variation
Hôtellerie (Esprit de France)230,7+15 %
Thermalisme (Sources d’Équilibre)22,5+22 %
Activités d’investissement sur fonds propres111,6stable
Gestion d’actifs8,3+3 %
Holding-60,9+11 %
Total312,3+9,9 %

Le vrai moteur, c’est l’hôtellerie. Esprit de France, une dizaine de boutiques-hôtels parisiens installés près des grands musées plus quelques adresses en région, signe une année record : 69 millions d’euros de chiffre d’affaires (+16 %), un EBITDAR de 26,3 millions pour une marge de 38,1 %, un RevPAR de 294,43 € en hausse de 10 %, et une clientèle composée à 30 % d’Américains. Les hôtels parisiens du groupe surperforment leur segment de référence, le haut de gamme Paris intra-muros, à la fois en taux d’occupation (87 % contre 85 %) et en prix moyen (337 € contre 272 €). Le thermalisme, longtemps déficitaire, repasse tout juste à l’équilibre.

Côté investissement, la maison Paluel-Marmont (PMI) gère 310 millions d’euros d’actifs, dont 101 millions investis par la Compagnie Lebon elle-même, à travers du capital-investissement régional (Re-Sources, dont les fonds clôturés affichent des multiples nets entre 2,5 et 3,2 fois selon la société), du co-investissement aux côtés de fonds comme Chequers, et de l’immobilier hôtelier. Le portefeuille en fonds propres pèse 88,8 millions d’euros répartis sur 77 lignes, soit environ 0,6 million par participation. Paradoxalement, cette activité censée être rentable… se permet d’être déficitaire ici.

Un chiffre mérite un arrêt : la ligne « Holding » pèse -60,9 millions d’euros dans l’ANR, en hausse de 11 % sur un an. Structure, frais centraux, dette de la maison mère : voilà, chiffré noir sur blanc, le coût de l’enveloppe. Retiens ce chiffre pour la suite de l’article.

Le paradoxe de la décote

C’est le passage le plus instructif du dossier. Regarde ce tableau, issu de la présentation des résultats :

DateCoursANR par actionDécote
31.12.202181,0 €185,4 €56 %
31.12.202284,6 €200,7 €58 %
31.12.202395,8 €226,1 €58 %
31.12.202493,8 €242,3 €61 %
31.12.202596,6 €266,2 €64 %

En quatre ans, l’ANR par action a progressé de 43 %, soit environ 11 % par an dividendes réintégrés. Le cours, lui, n’a gagné que 19 %. Résultat contre-intuitif : plus la société crée de valeur, plus la décote se creuse, de 56 % à 64 %. Le marché sanctionne clairement la faiblesse du résultat récurrent rapporté au patrimoine (le RNPG 2025 de 6,4 millions d’euros représente… 2 % de l’ANR), la liquidité réduite du titre et l’absence de catalyseur évident.

La direction en a fait son chantier prioritaire : dividende de 12 € par action proposé à l’assemblée générale de mai 2026 (dont 8 € exceptionnels liés à la cession d’un hôtel), programme de rachat d’actions, contrat de liquidité, travail sur le résultat récurrent et communication simplifiée. La dette reste maîtrisée, avec un ratio dette financière nette sur ANR de 22 %. Mais le dossier illustre parfaitement une leçon que tout investisseur en holdings doit intégrer : une décote peut se creuser pendant des années, même quand l’ANR grimpe.

La vraie prouesse

Elle ne se lit pas dans un tableau Excel. Elle tient dans la durée : faire survivre le capital aux changements technologiques, aux nationalisations, aux crises, aux générations successives et à la disparition du métier d’origine. La question à laquelle Lebon répond depuis 190 ans est celle-ci : comment éviter qu’un patrimoine disparaisse quand le monde change et que les générations se succèdent. C’est un problème totalement différent de la création de capital. Et extrêmement difficile lorsque l’on constate la faiblesse des résultats de la holding…

Libertas 7 : une famille valencienne, de l’immobilier à El País puis à la Bourse

Libertas 7 est culturellement la plus proche de la Compagnie Lebon : un patrimoine familial ancien, des activités opérationnelles et un portefeuille financier sous le même toit.

Libertas 7 en bref
PaysEspagne, holding de la famille Noguera, basée à Valence
OriginesHistoire entrepreneuriale remontant au XIXe siècle
Trois moteursImmobilier, tourisme, investissements financiers
Portefeuille d’investissements 202569,5 millions d’euros, en hausse de 12 %
Rentabilité annoncée 202515,6 % pour la poche d’investissement, 20,6 % pour le portefeuille boursier
Chiffres clés 202521,3 M€ de chiffre d’affaires, 8,3 M€ d’EBITDA ajusté, 4,5 M€ de résultat net
EndettementDette financière nette sur actifs de 21,5 %

El País, l’opération fondatrice

Au début des années 1970, Álvaro Noguera fait partie des premiers investisseurs qui accompagnent la création du journal El País. Lorsque Prisa, la maison mère, entre en Bourse en 2000, une partie des gains est réinvestie dans le portefeuille financier de Libertas 7. Entrepreneuriat, création d’un actif, liquidité, réinvestissement, capital permanent : la boucle classique des holdings familiales, version espagnole.

La pérennité comme mission

Un détail révélateur : la mission affichée par Libertas 7 est d’assurer la pérennité de l’entreprise. Là où Traction est construite autour de la création de valeur, Libertas 7 met la transmission au premier plan. Une famille déjà patrimoniale peut accepter un rendement légèrement inférieur si cela augmente la probabilité de transmettre à la génération suivante. Cette dimension existe rarement dans une société au capital dispersé, et elle explique beaucoup de choix d’allocation qui paraîtraient timides ailleurs.

Point plus que pertinent, Libertas 7 est un véhicule très exposé à la ville de Valence, où elle cumule :

  • activités de promotion immobilière : 336 logements en cours de commercialisation au sein de 11 programmes différents
  • activité d’hébergement touristique : répartis sur 500 unités d’hébergement au large de Valence

Les fondamentaux de cette ville sont excellents, grâce à l’envolée (PDF) récente des prix de l’immobilier observé ces dernières années:

Il est à noter que la holding possède également un portefeuille d’actions d’environ 4 millions d’euros :

RedFish LongTerm Capital : construire une holding familiale en 2026

C’est le dossier le plus expérimental de la sélection, et le seul où l’on observe la construction d’une holding en temps réel plutôt qu’une fortune déjà établie !

RedFish LongTerm Capital en bref
Pays et cotationItalie, Euronext Growth Milan, ticker RFLTC, ISIN IT0005549354
StratégieInvestir dans des PME et entreprises familiales italiennes, horizon long terme
Capital net investi fin 202594,8 millions d’euros
Fonds propres consolidés34,9 millions d’euros
Dette financière nette ajustée41,6 millions d’euros
Portefeuille agrégéEnviron 450 M€ de chiffre d’affaires, 72 M€ d’EBITDA, plus de 1 600 salariés selon la société
Résultat net consolidé 20250,9 million d’euros

L’ambition est limpide : accompagner la professionnalisation et les acquisitions de PME familiales italiennes, avec un capital patient. Le tissu de PME familiales italiennes est l’un des plus riches d’Europe, et il fait face à un mur de transmissions dans la décennie qui vient. Le positionnement est donc intelligent sur le papier.

Attention

Un modèle encore à prouver

Il serait tentant de présenter RedFish comme le prochain Traction. C’est beaucoup trop tôt. Une hausse du capital investi ne signifie pas automatiquement une création de valeur par action, et le bilan est nettement plus levierisé que celui de Traction : 41,6 millions d’euros de dette financière nette ajustée pour 34,9 millions de fonds propres consolidés fin 2025. Le dossier est passionnant à suivre. Le film vient seulement de commencer.

Pour le moment, RedFish a investi dans une demi-douzaine d’entreprises :

Le portefeuille à date se compose de :

Convergenze, racheté en 2020
Convergenze est une société cotée qui opère comme Integrated Technology Operator, à la croisée des télécommunications et de l’énergie verte. Le groupe fournit des solutions technologiques intégrées dans ces deux univers, avec un positionnement mêlant infrastructures numériques, connectivité et services énergétiques.

TESI, racheté en 2021
TESI est un fournisseur de technologies innovantes et de services spécialisés pour le secteur aéronautique. L’entreprise développe et fournit des solutions techniques destinées aux acteurs de l’aéronautique, sur des métiers nécessitant un haut niveau d’expertise technologique et industrielle.

SolidWorld Group, racheté en 2021
SolidWorld Group est une société cotée et l’un des principaux intégrateurs italiens de systèmes numériques 3D. Le groupe accompagne les entreprises industrielles dans leur transformation numérique à travers des technologies de conception, de modélisation, de simulation et plus largement de digitalisation des processus de production.

Expo Inox, racheté en 2022
Expo Inox est un groupe international spécialisé dans la fabrication de conduits de fumée et de systèmes d’évacuation en acier et en acier inoxydable. L’entreprise occupe une position de premier plan sur ce marché industriel grâce à une offre dédiée notamment aux systèmes de chauffage et d’évacuation des fumées.

PURELabs, racheté en 2023
PURELabs est un groupe actif dans le secteur du diagnostic médical. Son objectif est de constituer un acteur national de référence dans les laboratoires d’analyses cliniques, en s’appuyant sur une stratégie de Buy & Build, c’est-à-dire l’acquisition et l’intégration progressive de plusieurs laboratoires afin de créer une plateforme de taille significative.

Movinter, racheté en 2023
Movinter est un opérateur international spécialisé dans la carpenterie métallique légère destinée au secteur ferroviaire. Le groupe développe des composants et sous-ensembles industriels pour les acteurs du rail et a poursuivi en 2024 une stratégie de croissance externe avec plusieurs acquisitions complémentaires.

SIX Italia, acquisition complémentaire de Movinter, racheté en février 2024
SIX Italia est spécialisée dans la fabrication de produits d’isolation thermique et acoustique destinés aux secteurs ferroviaire et naval. Son intégration permet à Movinter d’élargir son offre vers des composants techniques complémentaires à ses activités historiques.

SAIEP, racheté en acquisition complémentaire de Movinter, racheté en juin 2024
SAIEP est spécialisée dans la réalisation de systèmes électroniques, électromécaniques et de câblages destinés au secteur ferroviaire. Cette acquisition renforce encore le positionnement de Movinter comme fournisseur intégré de solutions et composants pour l’industrie ferroviaire.

Polieco Group, racheté en 2024
Polieco Group est un acteur de premier plan en Italie dans la production de tubes annelés destinés au transport de l’eau. Le groupe produit également des résines utilisées pour le revêtement de canalisations dans l’industrie oil & gas, des matériaux destinés au secteur du packaging, ainsi que des regards techniques en polyéthylène.

Chacune d’entre elles ayant déjà commencé à consolider son marché :

Ce que j’apprécie avec cette holding, c’est l’excellente transparence autour de leurs opérations et de leurs performances :

Le récapitulatif de ces 6 modèles

Ce classement ne désigne aucune action à acheter. Il classe les modèles d’allocation du capital que je trouve les plus instructifs.

Analysé en… HoldingPaysLa thèse d’investissement
1TractionSuèdeTransformer des compétences en capital permanent
2Value8Pays-BasUtiliser intelligemment une cotation pour composer
3ByggmästarenSuèdeRecycler un premier patrimoine vers les meilleurs actifs
4Compagnie LebonFranceTransmettre et réinventer un capital sur plusieurs générations
5Libertas 7EspagneCombiner patrimoine, activités opérationnelles et portefeuille financier
6RedFish LongTerm CapitalItalieConstruire aujourd’hui une holding de PME à capital permanent

Ce rabbit hole de quelques heures m’amène à une conclusion contre-intuitive. En commençant cet article, je pensais que la Compagnie Lebon incarnait un modèle idéal. Après avoir regardé les autres, je pense surtout que chaque modèle correspond à un stade de développement du capital.

Pour fabriquer le capital à partir de rien, le moteur est entrepreneurial : c’est Traction. Pour apprendre à le recycler une fois les premiers millions créés : Value8 et Byggmästaren. Pour diversifier les moteurs quand le patrimoine grossit, puis survivre au fondateur et aux générations : Lebon et Libertas 7. Les problèmes changent avec la taille du patrimoine, et le meilleur modèle change avec eux.

Décote de holding sur ANR : bonne affaire ou piège

Les holdings attirent les investisseurs value pour une raison simple : elles cotent fréquemment sous leur ANR. Imaginons un ANR de 100 euros par action pour un cours de 70 euros : tu as l’impression d’acheter 100 euros d’actifs pour 70. La deuxième question à te poser : pourquoi quelqu’un accepte-t-il de te les vendre à ce prix ?

Une décote peut être parfaitement rationnelle. Les actifs non cotés reposent sur des hypothèses de valorisation. La holding coûte de l’argent chaque année : chez Lebon, la ligne Holding retranche 60,9 millions d’euros de l’ANR, soit près de 20 % de la valeur brute des actifs. Le contrôle familial prive le minoritaire de tout moyen d’imposer une cession ou une distribution. La liquidité du titre peut être très faible. Et surtout, un mauvais allocateur peut détruire de la valeur pendant vingt ans en réinvestissant mal les flux d’un bon actif acheté décoté.

Le tableau de la Compagnie Lebon plus haut en apporte la démonstration chiffrée : quatre années de croissance de l’ANR par action à 11 % par an, et une décote qui passe pourtant de 56 % à 64 %. Logique : en 2024, le résultat net part du groupe ne correspondait qu’à 0,5% de l’ANR, c’était 2% en 2025. A date d’écriture de l’article, les obligations France 30 ans rapportent 4,72%… sans opérationnel.

Posséder des actifs ne suffit pas, il faut convaincre le marché qu’ils seront bien alloués, que les résultats récurrents suivront et que la valeur bénéficiera à TOUS les actionnaires. C’est pourquoi je regarde toujours la décote après la qualité de l’allocation du capital…. et jamais avant.

Les sept questions à se poser avant d’acheter une holding familiale

Voici ma grille d’analyse pour ce type de dossier.

L’ANR par action progresse-t-il, sur 5, 10, idéalement 20 ans ? Quel rendement a été obtenu dividendes réinvestis ? Combien coûte le siège par rapport aux actifs gérés ? Combien de dette porte la holding elle-même, en distinguant la dette des filiales opérationnelles de celle de la maison mère, la seconde devenant dangereuse quand une crise empêche les filiales de remonter du cash ? Comment la direction traite-t-elle la décote, et rachète-t-elle ses actions quand elles cotent très sous l’ANR ? Comment les dirigeants sont-ils rémunérés, et sur quelle métrique ? Et enfin ma question préférée : que s’est-il passé lors de la dernière grosse cession ? Une entreprise qui vend un actif 100 millions d’euros révèle sa vraie nature dans ce qu’elle fait ensuite de l’argent. Byggmästaren après Safe Life, Lebon après Rexel : les deux ont répondu par le réinvestissement et le retour aux actionnaires. C’est exactement ce qu’on veut voir.

Peut-on loger ces holdings familiales dans un PEA ?

Le PEA permet d’investir dans des actions de sociétés ayant leur siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen, sous réserve des autres conditions d’éligibilité. Il faut cependant distinguer deux choses : l’éligibilité juridique du titre et sa disponibilité effective chez ton courtier.

Une action suédoise ou néerlandaise peut respecter les conditions du PEA tout en étant absente de l’univers négociable de ta banque. Exemple parlant : Value8 est une société néerlandaise cotée à Amsterdam, mais certains courtiers français la signalent comme non disponible dans leur univers PEA.

Le cas le plus simple reste la Compagnie Lebon, dont l’émetteur confirme explicitement l’éligibilité PEA et PEA-PME. Pour les valeurs étrangères les moins liquides de cette sélection, vérifie systématiquement auprès de ton courtier avant de vouloir passer un ordre. Et si tu n’as pas encore choisi ton intermédiaire, notre comparatif des courtiers recense ceux qui donnent accès aux places européennes dans le PEA.

Ce qu’il faut retenir

Il n’existe aucune réponse unique à la question de la meilleure holding familiale européenne. Pour apprendre comment fabriquer du capital, regarde Traction. Pour comprendre comment exploiter une cotation, Value8. Pour étudier l’allocation pure, Byggmästaren. Pour la transmission générationnelle, la Compagnie Lebon. Pour un patrimoine familial diversifié, Libertas 7. Pour la naissance d’un conglomérat, RedFish.

Et si je ne devais garder qu’une idée de cette étude, ce serait celle-ci : une bonne holding ne cherche pas à devenir la plus grosse, elle cherche à augmenter le plus possible la valeur économique détenue par chaque action. Une entreprise peut multiplier ses acquisitions, ses salariés et son chiffre d’affaires tout en détruisant de la valeur. À l’inverse, une holding peut vendre une filiale, réduire son bilan, racheter 20 % de ses propres actions et devenir économiquement plus intéressante pour ses actionnaires. Le score, c’est la création de valeur par action. C’est probablement la raison pour laquelle ces petites holdings européennes méritent beaucoup plus d’attention qu’elles n’en reçoivent.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une holding familiale cotée en Bourse ?

Une société dont l’activité consiste principalement à détenir et gérer des participations ou des actifs, dont le contrôle reste significativement entre les mains d’un fondateur ou d’une famille, et dont les actions se négocient en Bourse.

Qu’est-ce que l’ANR d’une holding ?

L’actif net réévalué correspond à l’estimation de la valeur des actifs de la société après déduction de ses dettes. L’ANR par action ramène cette valeur au nombre d’actions en circulation : c’est l’indicateur clé pour juger un allocateur de capital dans la durée.

Pourquoi une holding cote-t-elle avec une décote sur son ANR ?

La décote peut refléter les frais de structure, la fiscalité latente, l’endettement, la faible liquidité du titre, l’incertitude sur la valeur des actifs non cotés, la gouvernance ou le manque de confiance dans l’allocation future du capital. La Compagnie Lebon montre qu’une décote peut même se creuser alors que l’ANR progresse : de 56 % fin 2021 à 64 % fin 2025.

Une décote élevée signifie-t-elle qu’une action est sous-évaluée ?

Non. Une forte décote peut constituer une opportunité, mais elle peut aussi rester durable et justifiée pendant des décennies. Analyse d’abord la qualité des actifs, l’historique de l’ANR par action, les coûts de la holding, sa dette et sa politique d’allocation du capital.

La Compagnie Lebon est-elle éligible au PEA ?

Oui. La société indique officiellement que son action est éligible au PEA et au PEA-PME. Elle est cotée sur Euronext Growth Paris sous le ticker ALBON, ISIN FR0000121295. Fin 2025, son ANR atteignait 266,21 euros par action, pour un cours de 96,60 euros.

Toutes les actions européennes sont-elles disponibles dans un PEA ?

Non. Une société européenne peut entrer dans le périmètre réglementaire du PEA sans être proposée par ta banque ou ton courtier. Vérifie l’éligibilité et la négociabilité du titre auprès de ton intermédiaire avant tout achat.

Quelle petite holding européenne a le parcours le plus impressionnant ?

Parmi les sociétés étudiées ici, Traction possède l’une des histoires les plus remarquables : créée en 1974 avec quelques milliers de couronnes de capital, elle affiche aujourd’hui plus de 4,2 milliards de couronnes suédoises de fonds propres, tout en ayant distribué plus d’un milliard de couronnes à ses actionnaires depuis sa cotation en 1997.

Données vérifiées au 9 août 2026, notamment sur la base de la présentation des résultats annuels 2025 de la Compagnie Lebon publiée en mars 2026. Les sociétés mentionnées sont présentées à titre pédagogique et ne constituent ni une recommandation d’achat ou de vente, ni un conseil en investissement. Certaines petites capitalisations présentent une liquidité limitée et un risque important de perte en capital. Vérifie toujours les données les plus récentes et l’éligibilité PEA auprès de ton intermédiaire avant toute décision d’investissement.

Mehdi Cornilliet
Écrit par

Mehdi Cornilliet

Co-fondateur de PEA.fr. Entrepreneur dans les médias (Major-Prépa créé en 2014, cédé en 2023), l'éducation (Empower College créé en 2025) et diplômé du Programme Grande Ecole de HEC Paris 2019 et du Master X-HEC Entrepreneurs.

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