Une entreprise peut décevoir en Bourse sans avoir perdu tout intérêt économique. Encore faut-il distinguer le passage à vide du déclin durable. C'est précisément sur cette frontière que s'est construit le parcours de Marc Renaud, fondateur de Mandarine Gestion et figure de la gestion value européenne. Là où le marché récompense volontiers la visibilité, cette approche cherche à comprendre ce qu'un cours déprimé a déjà intégré.
Le sujet dépasse largement le choix entre une action chère et une action bon marché. Il oblige à poser deux questions : que vaut réellement l'entreprise et qu'est-ce qui pourrait convaincre les autres investisseurs de revoir leur jugement ? Pour un détenteur de PEA, cette distinction évite de confondre patience et immobilisme.
Marc Renaud, de l'analyse financière à Mandarine Gestion
Son parcours commence au CCF, qu'il rejoint en 1984 comme analyste financier, avant de passer à la gestion. Il développe ensuite la gestion actions de CCR avec François-Marie Wojcik, puis fonde Mandarine Gestion en 2008. Cette trajectoire est retracée dans le portrait consacré au gérant par Sicavonline en 2015.
La chronologie compte. Créer une société de gestion en 2008, c'est démarrer au moment où la crise financière remet en cause les bilans des banques et la confiance accordée aux professionnels. Le parcours de Renaud permet ainsi d'aborder deux métiers souvent confondus : sélectionner des entreprises pour un portefeuille et bâtir l'organisation qui permettra de les suivre pendant plusieurs années.
L'histoire de Mandarine ne s'arrête pas à son fondateur. Après l'acquisition par LFPI en 2023, la société absorbe Meeschaert Asset Management au 1er janvier 2024. Le communiqué du 9 janvier 2024 confie la présidence du directoire à Fabien Bismuth et précise que Marc Renaud se concentre sur la gestion et la supervision du pôle value. Présenter aujourd'hui la maison comme une boutique simplement dirigée par son fondateur effacerait cette évolution.
La méthode de Marc Renaud : une décote et un catalyseur
Le rapport annuel de Mandarine Valeur au 31 décembre 2024 décrit une sélection d'entreprises sous-évaluées dont la revalorisation pourrait venir d'un assainissement du bilan, d'une réduction des difficultés ou d'une reprise cyclique. La démarche associe l'analyse des comptes à celle de la direction, de la concurrence et des facteurs de changement.
Une faible valorisation ne suffit pas
Un fabricant industriel peut afficher un faible multiple de bénéfices parce que ses profits sont au sommet du cycle. Si les commandes ralentissent, le bénéfice qui servait à justifier l'achat disparaît. Une banque peut, de son côté, coter sous ses fonds propres parce que la rentabilité de ses actifs reste insuffisante. Le chiffre donne un point de départ, jamais une conclusion.
La décote doit donc être expliquée. Est-elle liée à un problème temporaire, à une structure financière fragile ou à un modèle économique qui se dégrade ? Ce travail rend la gestion value plus exigeante que ne le suggère l'idée d'acheter ce qui a baissé.
Ce qui peut faire évoluer le regard du marché
Notre lecture de cette méthode met l'accent sur le catalyseur. Il transforme une intuition de prix en hypothèse que l'on peut suivre : réduction d'une dette, cession d'une activité déficitaire, amélioration d'une marge ou retour des commandes. L'intérêt est de pouvoir comparer les faits au scénario initial, au lieu d'attendre indéfiniment que le cours remonte.
Ce que la gestion value exige de l'investisseur
Une action délaissée peut le rester longtemps. Pendant ce temps, les entreprises les plus appréciées continuent parfois à progresser et rendent la position contraire de plus en plus inconfortable. Le problème devient autant comportemental que financier : combien de temps peut-on conserver une thèse dont le marché ne veut pas ?
Il faut aussi surveiller le piège de valeur. Si l'activité perd durablement ses clients ou si la dette absorbe les ressources, le faible cours peut être une conséquence rationnelle de la situation. Renforcer systématiquement à la baisse reviendrait alors à augmenter l'exposition à une erreur.
Enfin, plusieurs titres apparemment différents peuvent dépendre du même scénario. Des banques, des industriels et des sociétés de matériaux ne constituent pas nécessairement trois moteurs indépendants si leur rentabilité exige une reprise économique simultanée.
Marc Renaud et le PEA : comment utiliser cette grille de lecture ?
La méthode peut être rapprochée de celle de William Higgons, tout en gardant à l'esprit que les univers, les portefeuilles et les critères diffèrent. Elle peut également être confrontée à l'analyse des entreprises pratiquée chez Moneta Asset Management. Ces comparaisons servent à comprendre les choix de gestion, pas à transformer un nom connu en garantie de résultat.
| Question à poser | Ce qu'il faut examiner |
|---|---|
| Pourquoi le titre est-il délaissé ? | Le problème opérationnel et ce que le prix semble déjà intégrer. |
| Quelle valeur de référence retenir ? | Des profits normalisés, la dette et les besoins d'investissement. |
| Qu'est-ce qui pourrait changer ? | Un événement identifiable et des indicateurs de suivi. |
| Quand reconnaître une erreur ? | Les faits qui invalideraient le scénario, indépendamment du cours. |
Pour comparer les fonds présentés sur PEA.fr, cette grille complète la lecture des performances. Elle conduit à regarder la composition, les frais, le risque et la stabilité du processus. L'éligibilité au PEA se vérifie pour chaque fonds et chaque part ; elle ne découle ni du nom du gérant ni du caractère européen de son analyse.
Pourquoi Marc Renaud a sa place parmi les légendes françaises
Son intérêt tient à une tradition bien identifiée de la gestion française : partir de l'entreprise et du prix payé, même lorsque le récit dominant invite à regarder ailleurs. La leçon la plus utile reste celle-ci : une conviction doit pouvoir être confrontée aux faits. Le tempérament contrariant n'a de valeur que s'il s'accompagne d'un travail permettant de reconnaître que l'on s'est trompé.
