Warren Buffett
L'oracle d'Omaha a transformé une compagnie textile en faillite en empire d'un trillion de dollars, en lisant des rapports annuels dans son bureau du Nebraska et en achetant ce que personne ne voulait.
L'essentiel en 30 secondes
- Warren Buffett, né en 1930 à Omaha (Nebraska), est l'investisseur le plus performant et le plus médiatisé du XXe siècle. Il dirige Berkshire Hathaway depuis 1965, qu'il a fait passer de compagnie textile en déclin à conglomérat de plus de 1 000 milliards de dollars.
- Sa méthode descend directement de Benjamin Graham, son professeur à Columbia, mais s'en éloigne progressivement pour intégrer la Quality à la Value sous l'influence de Charlie Munger. Aujourd'hui : « acheter des entreprises formidables à un prix raisonnable, plutôt que des entreprises raisonnables à un prix formidable ».
- Il refuse de spéculer sur les devises, les matières premières et les actifs sans flux de trésorerie. Il préfère les entreprises avec des « moats », des barrières à l'entrée durables : Coca-Cola, Apple, American Express, GEICO.
- Sa lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire est lue par des centaines de milliers d'investisseurs dans le monde, y compris ceux qui n'ont jamais acheté une action Berkshire.
- À 95 ans, il a annoncé fin 2024 qu'il transmettrait progressivement les rênes à Greg Abel. Sa fortune personnelle, environ 150 milliards de dollars, est destinée à 99 % à des œuvres philanthropiques (The Giving Pledge).
L'investisseur patient gagne contre le génie spéculatif. Buffett a battu le marché en restant à Omaha, loin de Wall Street, en lisant des rapports annuels. Le temps long est l'arme du particulier.
Qui est Warren Buffett, l'oracle d'Omaha ?
Warren Edward Buffett est né le 30 août 1930 à Omaha, au cœur du Midwest américain. Fils d'un agent de change devenu congressman, il achète sa première action à 11 ans (Cities Service Preferred, 38 dollars la part). Il vendra trop tôt, regrettera, et en tirera la leçon fondamentale de toute sa carrière : la patience est le multiplicateur de capital le plus puissant qui existe.
Il étudie à Wharton puis à l'Université du Nebraska avant d'intégrer Columbia Business School en 1950, où il rencontre Benjamin Graham, l'auteur de The Intelligent Investor. Graham lui transmet la méthode value : acheter des entreprises sous-évaluées par rapport à leurs fondamentaux et les revendre à leur juste prix. Buffett travaille brièvement chez Graham-Newman à New York, puis rentre à Omaha en 1956 pour fonder son propre partnership avec 105 000 dollars d'amis et de famille.
En 1965, il prend le contrôle d'une petite compagnie textile en déclin du Massachusetts, Berkshire Hathaway, dont il fera son véhicule d'investissement. Soixante ans plus tard, Berkshire est devenu un conglomérat valorisé plus de mille milliards de dollars, détenant directement Geico, BNSF Railway, See's Candies, Dairy Queen, et des participations stratégiques dans Apple, Coca-Cola, American Express ou Bank of America. Son investissement initial dans Berkshire a été multiplié par plus de 36 000.
Le moat, l'innovation philosophique de Buffett.
Au début de sa carrière, Buffett applique la méthode pure de Benjamin Graham : acheter des entreprises décotées par rapport à leur valeur comptable, même si elles sont médiocres. C'est ce qu'on appelle le « cigar butt investing » : une dernière taffe gratuite avant de jeter le mégot. Cette méthode est efficace tant que les marchés sont inefficients, mais elle s'épuise dans les années 1960 à mesure que les analystes deviennent plus nombreux.
L'inflexion vient de Charlie Munger, son associé de toujours, qui le convainc qu'il vaut mieux acheter une entreprise formidable à un prix raisonnable qu'une entreprise raisonnable à un prix formidable. C'est là que naît le concept du moat (douve), cette barrière à l'entrée durable qui protège la rentabilité d'une entreprise contre la concurrence : une marque forte (Coca-Cola), un effet de réseau (American Express), un coût de bascule élevé (Microsoft), un coût unitaire imbattable (Geico).
Buffett cherche désormais des entreprises avec un moat large, dirigées par des managers honnêtes et compétents, achetables à un prix raisonnable par rapport à leurs flux de trésorerie futurs. Et surtout, il les garde. Sa durée de détention favorite, dit-il, est « forever ». Coca-Cola est en portefeuille depuis 1988, American Express depuis 1991, Apple depuis 2016 et représente aujourd'hui un quart de l'actif de Berkshire.
Cette discipline lui interdit certaines classes d'actifs : pas d'or, pas de matières premières, pas de devises, pas de cryptoactifs. « Si vous ne pouvez pas estimer combien d'argent une chose vous rapportera dans 20 ans, ne l'achetez pas », résume-t-il.
La trajectoire de Warren Buffett en 9 étapes.
Warren Edward Buffett naît dans une famille de classe moyenne du Midwest. Son père Howard est agent de change puis élu congressman.
Trois actions Cities Service Preferred achetées 38 dollars chacune. Il les revendra trop tôt et en tirera sa leçon de patience à vie.
Refusé à Harvard, il intègre Columbia pour suivre les cours de Graham, l'auteur de The Intelligent Investor. C'est la rencontre fondatrice de sa vie professionnelle.
À 26 ans, retour à Omaha avec 105 000 dollars d'amis et de famille. Le partnership délivrera +29,5 % par an pendant 13 ans avant d'être dissous en 1969.
Il devient président de cette compagnie textile en déclin, qu'il transformera progressivement en véhicule d'investissement. C'est le tournant.
Sous l'influence de Charlie Munger, Berkshire rachète See's Candies à un prix supérieur à la valeur comptable. C'est l'inflexion vers le « moat investing » qui définira sa carrière.
Berkshire investit 1 milliard de dollars dans Coca-Cola, l'archétype du moat absolu. La position vaut plus de 25 milliards aujourd'hui, encore en portefeuille.
Buffett qui clamait depuis toujours qu'il ne comprenait pas la tech achète massivement Apple. Sa plus grosse position, devenue plus de 25 % de l'actif de Berkshire.
À 94 ans, Buffett confirme que Greg Abel, vice-président des opérations non-cotées, lui succédera à la tête de Berkshire. Charlie Munger meurt fin 2023, à 99 ans.
Les six principes qui ont fait sa fortune et changé l'investissement.
Une entreprise formidable à prix raisonnable bat une entreprise médiocre à prix bradé. Le moat (barrière à l'entrée) protège la rentabilité dans le temps long.
Le « cercle de compétence » est plus important que sa taille. Buffett a refusé Internet pendant des décennies parce qu'il ne comprenait pas le modèle. Mieux vaut rater une opportunité que perdre du capital.
Coca-Cola en portefeuille depuis 1988, American Express depuis 1991. Buffett achète des entreprises pour les garder, pas pour les revendre. Le temps long fait fructifier les meilleures convictions.
En 2008, en pleine crise financière, Buffett investit 5 milliards de dollars dans Goldman Sachs à des conditions exceptionnelles. Les baisses de marché sont des opportunités d'achat, pas des raisons de fuir.
Buffett affirme passer 80 % de sa journée à lire des rapports annuels et des journaux. C'est le travail invisible qui produit les décisions visibles. Pas de magie, juste de la lecture méthodique.
Buffett n'a jamais quitté Omaha. Il vit dans la même maison achetée en 1958. La distance physique avec le bruit du marché protège la qualité des décisions.
Buffett en trois citations.
La règle numéro un est de ne jamais perdre d'argent. La règle numéro deux est de ne jamais oublier la règle numéro un.
Warren Buffett · Lettre aux actionnaires, 1989Notre durée de détention préférée est l'éternité. Nous voulons posséder de bonnes entreprises pour toujours, pas spéculer sur leurs cours.
Warren Buffett · Lettre aux actionnaires, 1988Soyez craintif quand les autres sont cupides, soyez cupide quand les autres sont craintifs. C'est probablement le seul conseil sur les marchés qui ne s'use pas avec les décennies.
Warren Buffett · Lettre aux actionnaires, 1986Suivre la méthode Buffett dans un PEA français ?
Berkshire Hathaway n'est pas éligible PEA. Mais l'esprit value/quality s'applique à des fonds européens. Notre dossier compare Buffett à ses héritiers spirituels accessibles aux investisseurs français.
